Par Sarah Lê, Dt.P. Nutritionniste-Diététiste En collaboration avec Marilou Morin, Dt.P. Nutritionniste-Diététiste (www.mangerenharmonie.com) Ahh l’Halloween! Ce moment de l’année tant attendu par les enfants! Or, bien des parents s’inquiètent lorsqu’ils les voient arriver avec leur taie d’oreiller remplie de friandises! Dans notre société actuelle, il est très facile d’adopter une mentalité de « tout ou rien » avec la nourriture. Les parents, bombardés d’information, sont souvent confus et ne savent pas quelle direction prendre pour élever des enfants en bonne santé et à l’écoute de leur corps. Souhaitant ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants, les parents ont souvent le réflexe de limiter, contrôler ou même interdire certains aliments (tels que les bonbons) au nom de la santé. Cette interférence a tendance à aller à l’encontre de l’objectif souhaité, soit d’aider les enfants à avoir une relation saine avec la nourriture. Effectivement, les enfants pourraient alors développer des comportements malsains tels que manger en cachette, cacher de la nourriture, ou encore trouver une manière de s’en procurer (comme à l’école, chez le voisin, etc.). Ces comportements s’accompagnent habituellement d’un sentiment de culpabilité et de honte, ce qui les met à risque de développer des désordres ou troubles alimentaires plus tard. Le phénomène de la restriction Toute chose défendue sera toujours plus désirable et attirante, peu importe ce que c’est. C’est un comportement normal et humain. On est toujours attiré à ce qu’on ne peut pas avoir. Je vous donne un exemple, imaginez que vous invitez votre enfant à jouer dans une chambre remplie de jouets. Vous lui dites qu’il peut jouer avec tous les jouets SAUF un jouet en particulier. Qu’arrivera-t-il, selon vous? Eh oui! Son attention va graviter autour du jouet interdit. Il n’arrêtera pas d’y penser, de pauser des questions à propos de ce jouet, de demander pourquoi il ne peut pas jouer avec. Et le tout deviendra obsessif, pas parce que le jouet est unique ou spécial, mais parce qu’il est défendu, tout simplement. Le même principe s’applique aux friandises (ou tout autre aliment défendu)! En effet, des études ont démontré que la restriction alimentaire mène à la surconsommation (1). Lorsqu’on empêche un enfant de manger un certain aliment, ceci l’inciterait à en manger au-delà de ses besoins, de peur d’en manquer (2-4). Ce phénomène se produit autant chez les enfants que chez les adultes (5, 6). À l’inverse, les enfants à qui on donne la permission de manger des friandises en consomment moins et prennent moins de poids à long terme (7-9). L’effet d’habituation C’est simple, plus on mange d’un aliment, plus il perd son attrait. On se lasse et notre corps nous demande de manger autre chose pour trouver l’équilibre. Plusieurs études ont démontré l’effet d’habituation avec différents aliments dont la pizza, le chocolat et les chips (10). À chacun sa part de responsabilité À la lumière de la recherche, plutôt que de dicter, contrôler ou limiter ce que les enfants mangent, il est préférable de les laisser explorer et apprendre par eux-même. Évidemment, les enfants ont besoin d’un minimum de structure dans leur routine quotidienne. Ainsi, une structure dite « flexible » permettrait au parent et à l’enfant de reconnaître leur part de responsabilité. Le parent est responsable d’offrir une variété d’aliments, d’établir l’horaire des repas et collations et de choisir où les repas seront mangés (la majorité du temps à table, pas devant la télévision ni dans les chambres à coucher). L’enfant est responsable de décider s’il mange ou pas, des quantités, et des aliments choisis*. *D’après le modèle « Division of Responsibility » d’Ellyn Satter. Quelles stratégies utiliser avec son enfant pour l’Halloween?
En résumé, notre rôle, en tant que parent, est d’amener notre enfant à établir une relation saine avec la nourriture. En d’autres mots, nous devons le guider de façon à ce que la nourriture ne soit pas source d’angoisse ou de stress, mais seulement de plaisir et d’enrichissement. Le plaisir de manger constitue le fondement d’une alimentation variée et équilibrée, au sein de laquelle tous les aliments prennent naturellement leur place. Ainsi, les bonbons nous procurent saveur et bonheur, et cela suffit pour les accueillir à bras ouverts. Joyeuse Halloween! PS : ce texte se veut informatif et ne sert qu’à des fins d’éducation générale. Vous demeurez l’expert de votre enfant et de votre réalité et il se peut que certains points ne s’appliquent pas à vous. Si vous avez des préoccupations sur la relation qu’a votre enfant avec la nourriture, contactez-moi pour prendre rendez-vous. Photo : Maude Patrzynski Bernard Références : 1. Polivy, J., Zeitlin, S. B., Herman, C. P., & Beal, A. L. (1994). Food restriction and binge eating: A study of former prisoners of war. Journal of Abnormal Psychology, 103(2), 409-411. 2. Birch, L. L., Fisher, J. O., & Davison, K. K. (2003). Learning to overeat: maternal use of restrictive feeding practices promotes girls' eating in the absence of hunger. The American journal of clinical nutrition, 78(2), 215–220. doi:10.1093/ajcn/78.2.215. 3. Rollins, B. Y., Loken, E., Savage, J. S., & Birch, L. L. (2014). Effects of restriction on children’s intake differ by child temperament, food reinforcement, and parent’s chronic use of restriction. Appetite, 73, 31–39. doi:10.1016/j.appet.2013.10.005. 4. Jansen E, Mulkens S, Emond Y & Jansen A (2008). From the Garden of Eden to the land of plenty. Restriction of fruit and sweets intake leads to increased fruit and sweets consumption in children. Appetite.,51(3), 570-5. doi: 10.1016/j.appet.2008.04.012. Epub 2008 Apr 22. 5. Holmes, M., Fuller‐Tyszkiewicz, M., Skouteris, H., & Broadbent, J. (2014). Improving prediction of binge episodes by modelling chronicity of dietary restriction. European Eating Disorders Review, 22(6), 405-411. 6. Mann T. & Ward A (2001). Forbidden fruit: does thinking about a prohibited food lead to its consumption? Int J Eat Disord. Apr;29(3):319-27. 7. Fisher JO., & Birch LL. (2002). Eating in the absence of hunger and overweight in girls from 5 to 7 y of age. American Journal of Clinical Nutrition, 76, 226-231. 8. Faith MS., Scanlon KS., Birch LL., Francis LA. & Sherry B (2004). Parent-Child Feeding Strategies and Their Relationships to Child Eating and Weight Status. Obes Res.,12,1711-1722. 9. Faith MS., Berkowitz RI., Stallings VA., Kerns J., Storey M., Stunkard AJ. (2004). Parental Feeding Attitudes and Styles and Child Body Mass Index: Prospective Analysis of a Gene-Environment Interaction. Pediatrics, 114:e429-436. 10. Ernst M. M (2002). Habituation of responding for food in humans. Appetite 38, 224-234 doi : 10.1006/appe.2001.0484.
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